Stratégies de ressources humaines en période de démarrage ou de transfert
Par Suzanne Deutsch
Il est difficile de mettre la main sur des ouvriers agricoles compétents et fiables. Pour ceux qui sont en période de démarrage, qui tente de réduire leurs activités ou transférer une exploitation, le problème s’amplifie de façon exponentielle. Bien que les solutions miracles n’existent pas, Martine Deschamps, spécialiste des ressources humaines et des transferts de ferme dans la région de Châteauguay, Québec, propose quelques idées qui peuvent aider à surmonter certains problèmes.
Traditionnellement en agriculture, et dans toutes les entreprises familiales, il est pratique courante que les membres de la famille donnent un coup de main ou s’acquittent de certaines tâches, comme la comptabilité, pour réduire les coûts d’exploitation. Selon une étude sur les femmes en agriculture réalisée en 2009 par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), seulement 39 p. 100 des femmes travaillant sur une ferme familiale apparaissent sur la liste de paye de l’entreprise.
À mesure que la génération plus âgée réduit sa charge de travail, la relève constate qu’il existe des écarts prodigieux entre les tâches rémunérées et non rénumérées. Personne ne réalise le nombre d’heures que passe maman à répondre au téléphone, à négocier avec des fournisseurs, à remplir de la paperasse, à payer des factures et les classer jusqu’à ce qu’ils aient à s’en occuper eux-mêmes et doivent trouver le temps pour effectuer ces tâches en plus de leur charge de travail.
L’impact financier pour la relève qui ne peut compter sur l’aide des parents ou d’autres membres de la famille, est énorme si elle doit soudainement embaucher du personnel pour effectuer toutes ces tâches et intégrer ces nouvelles charges dans le budget d’exploitation.

Dénicher le candidat idéal
Le processus est souvent ardu. À moins d’être proactif, les chances que quelqu’un frappe à votre porte pour vous offrir ses services sont minces. Mme Deschamps suggère de prendre contact avec des écoles offrant des programmes spécialisés en agriculture et de demander à rencontrer des étudiants, voire même offrir de donner une conférence. Le bénéfice de parler d’agriculture en termes positifs peut être plus grand que vous ne l’auriez cru.
Embaucher des travailleurs étrangers pour des tâches saisonnières est une solution qui a fait ses preuves pour certaines entreprises. Les centres locaux d’emploi et certaines organisations sans but lucratif comme F.A.R.M.S., en Ontario, et F.E.R.M.E., au Québec, sont des ressources compétentes au chapitre des lois du travail et de la dotation en personnel.
Dans plusieurs provinces, les producteurs en quête d’un employé à temps partiel ou occasionnel ont mis en place des coopératives destinées à combler leurs besoins en main-d’œuvre de manière ponctuelle et abordable. Les agriculteurs de Montmagny et de L’Islet, au Québec, ont fondé un programme de travail coopératif qui leur permet de se partager trois employés à temps partiel. Les travailleurs reçoivent un salaire concurrentiel et apprécient le défi de travailler sur plusieurs fermes. Quant aux producteurs, ils ont accès à des travailleurs agricoles qualifiés qui connaissent leur exploitation, sans avoir à défrayer les coûts d’un employé à temps plein.
De la main-d’œuvre gratuite?
Les enthousiastes qui effectuent des travaux de ferme bénévolement ne courent pas les rues, mais certaines personnes adorent ce genre de tâches, assure Mme Deschamps. Une programmeuse informatique de sa région offre ses services à trois fermes différentes sans demander la moindre compensation. Elle a aidé à dérocher, à nourrir les animaux, à réparer les réseaux de tubulures dans une érablière, et il lui arrive même de demander des congés à son employeur pour s’assurer d’être disponible pour son bénévolat. Elle trouve cette activité gratifiante et apprécie son nouveau cercle d’amis.
« Ce concept est étranger aux agriculteurs, mais certaines personnes s’ennuient et se tournent les pouces dans leurs temps libres, sourit-elle. Vous pourriez rendre quelqu’un heureux en lui permettant de mettre la main à la pâte. »