Éviter les décisions difficiles, c’est loin d’être une option
Par Glenn Cheater
01 janvier 2009
Guy Faber, qui avait 26 ans à l’époque, faisait partie d’une mission commerciale parrainée par le gouvernement et cherchait des moyens de relancer l’entreprise manufacturière familiale centenaire. Les Faber fabriquent des raquettes à neige depuis quatre générations. Après deux hivers minables peu enneigés, les commandes avaient tellement diminué que le père de Guy avait dû fermer l’usine pendant six mois. L’entreprise fabriquait aussi de jolis canots en cèdre, mais les coûts sans cesse croissants lui permettaient à peine de rentrer dans ses frais.
Donc le jour où ce canot, qui se vendait beaucoup moins cher que celui des Faber, a touché le sol allemand, Guy Faber a vu son avenir.
« Le canot a frappé le sol – bam! – et bien entendu, une bosse est apparue, puis est disparue tout aussi rapidement », relate M. Faber. Plus rien ne paraissait. C’est alors que je me suis dit qu’il n’y avait pas d’avenir pour nous dans le domaine du canot. »
La technologie avait rattrapé les Faber sans bruit et les avait dépassés.
Mais Guy Faber s’était promis que cela n’arriverait pas à son entreprise de fabrication de raquettes à neige et il a tenu sa promesse. Vingt-huit ans plus tard, Faber & Cie inc. est l’un des chefs de file dans le domaine de la fabrication de raquettes à neige en Amérique du Nord. L’entreprise emploie jusqu’à 50 personnes pendant la production de pointe et fabrique 60 000 paires de raquettes par année.
Les nouveaux produits sont pratiquement méconnaissables des modèles traditionnels en bois et en babiche (peau brute). Ils combinent l’aluminium très résistant et des sangles faites de matériaux de l’ère spatiale, des cadres cambrés qui, comme le canot allemand, reprennent leur forme et des caractéristiques innovatrices telles que des harnais qui permettent de pivoter.
L’histoire de la relance de cette entreprise est certes attribuable à l’adoption de nouvelles technologies, mais aussi au courage qu’il a fallu pour décider d’agir dans des périodes difficiles, un dilemme auquel les producteurs font régulièrement face.
M. Faber savait que les détaillants, qui avaient déjà enlevé les raquettes à neige de leur étalage pendant ces hivers sans neige, hésiteraient à réserver de l’espace d’étalage pour ces versions modernes et plus coûteuses.
Et pour comble de malheur, le début des années 1980 n’était pas une période favorable pour emprunter en vue de nouveaux investissements.
« Il ne faut pas oublier, qu’à cette période, les taux hypothécaires tournaient autour de 20 à 21 p. 100, souligne M. Faber. Ce fut une période très pénible. Mais le plus difficile fut de nous dire que nous n’avions d’autres choix et qu’après la pluie, viendrait le beau temps. »
Guy Faber confie que le fait que lui et son frère Richard étaient jeunes et pleins d’assurance a beaucoup aidé. Ils voyaient, avec raison, les dangers de l’inaction.
« À cette époque, il y avait peut-être une quinzaine de fabricants de raquettes à neige traditionnelles dans un rayon de 80 kilomètres de la ville de Québec, raconte M. Faber. Aujourd’hui, il ne reste plus que nous. »
Nous ne disons pas que les Faber ont été téméraires. Leur entreprise Faber & Cie inc. (
www.fabersnowshoes.com) fabrique toujours des raquettes traditionnelles. Leurs premiers nouveaux produits ont été des raquettes hybrides avec cadre de bois et harnais en matériau synthétique.
M. Faber explique que la leçon la plus importante qu’il a retenue est de penser constamment à innover.
« Je me souviens d’avoir dit à mon père : Il faut agir. Si nous ne faisons rien, nous serons éclipsés », dit-il.
« Aujourd’hui encore, nous vivons la même situation. Les Chinois nous talonnent. La seule façon de survivre, c’est de ne jamais cesser d’innover. »
Les transformations extrêmes comme celle de Faber & Cie inc. sont plutôt rares, mais le dilemme auquel l’entreprise a été confrontée, soit celui d’innover et d’investir ou non dans les périodes difficiles, est courant en agriculture.
Il ne fait nul doute que bon nombre de leurs concurrents locaux ont pensé qu’il était prudent d’attendre que la tempête se calme avant de courir ce risque. Voilà un réflexe naturel qui s’avère souvent un réflexe fatal.