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Conférence nationale sur le transfert de la ferme familiale

Qu'advient-il des fermes sans successeur? Des programmes américains visent à établir des liens entre de nouveaux agriculteurs et des entreprises agricoles viables
Par : Kathy Ruhf and Cathy Sheils

Cliquez ici pour voir la présentation à Mme. Ruhf
Cliquez ici pour voir la présentation à Mme. Sheils

De nombreux producteur agricoles se préparent à prendre leur retraite, mais n'ont pas trouvé de successeur. On a donc élaboré, aux États-Unis, des modèles d'occupation non-propriétaire afin de relier des gens qui veulent devenir agriculteurs à des propriétés agricoles disponibles.

Les obstacles à la propriété

Kathy Ruhf, co-directrice du New England Small Farm Institute, à Belchertown, au Missouri, a déclaré aux délégués de la conférence que 400 millions d'acres agricoles changeront de main au cours des 20 prochaines années aux États-Unis. Il est toutefois possible que ces terres deviennent la propriété de promoteurs immobiliers si l'on ne trouve pas de nouveaux producteur agricoles pour reprendre les fermes.

Mme Ruhf a précisé que cela ne sera pas une tâche facile. Une récente étude menée au Wisconsin a révélé qu'à peine 20 % des fermes laitières sont transférées à la génération montante. (Pendant la conférence, on a également présenté des statistiques indiquant que seulement 30 % des fermes familiales sont transférées à la deuxième génération, 15 % à la troisième génération et 5 % à la quatrième génération.)

Nombreux sont les obstacles qui empêchent les gens désireux de posséder une ferme de réaliser leur rêve :

Le manque de connaissances et d'information actualisée (Mme Ruhf s'est dite alarmée du fait que plusieurs écoles secondaires américaines dissuadent les jeunes de poursuivre une carrière en agriculture).
Le manque d'accès au capital et au crédit.
Le prix élevé des terres et de l'équipement agricoles.
Le manque d'accès aux marchés.

Elle a ajouté que les nouveaux producteur agricoles n'ont souvent pas le soutien de leur famille et de leur milieu. Dans certains cas, des collectivités peuvent même se montrer carrément hostiles aux nouveaux producteur agricoles.

Pourtant, les fermes familiales sont vitales. « Nous parlons ici de l'avenir de l'agriculture, une industrie aux valeurs multiples, comme la qualité de la vie rurale, le sens d'appartenance à une collectivité et l'aménagement du territoire agricole. Si nous nous préoccupons de l'agriculture, nous voulons alors le plus grand nombre possible de fermes familiales. »

Des programmes d'aide

Aux États-Unis, on s'efforce de mettre sur pied des programmes d'aide à l'intention des nouveaux producteur agricoles. Ces programmes favorisent, entre autres, l'établissement de liens entre des fermes sans successeur et des producteur agricoles potentiels non apparentés. Il ne s'agit pas d'un service de vente de biens immobiliers, mais plutôt de liaison où l'on met en contact des gens. Ces programmes ont vu le jour au début des années quatre-vingt-dix, sous l'égide d'un réseau national de transition agricole, et existent aujourd'hui dans 22 états.

« Ce n'est pas tout le monde qui peut acheter une ferme. Et il arrive que l'achat ne constitue pas nécessairement un bon investissement dans certaines régions », a ajouté Mme Ruhf. On peut alors se tourner vers le modèle d'occupation, selon lequel le propriétaire conserve le titre de propriété. Toutefois, la ferme est louée et gérée par une autre personne. On peut négocier des baux à long terme, s'échelonnant parfois sur 50 ans, lorsque l'achat de la propriété n'est pas économiquement possible ou viable.

Bien que la loi agricole américaine fasse l'objet de nombreuses critiques, elle offre d'intéressantes garanties gouvernementales en matière de contrats de vente, ainsi que des mesures incitatives pour l'achat de biens fonciers, a précisé Mme Ruhf. Certains états ont même introduit des crédits fiscaux à l'intention des propriétaires qui décident de louer leur ferme.

La location peut s'avérer une option valable non seulement pour les personnes qui veulent exploiter une ferme, mais également pour les propriétaires qui ont du mal à vendre leur propriété dans les régions où le développement est faible.

La question la plus souvent posée

Quelle est la question que posent le plus souvent les gens qui souhaitent faire carrière en agriculture? « Ils demandent s'ils peuvent apprendre leur métier sur une vraie ferme », a répondu Mme Ruhf. Elle a expliqué que de nombreux agriculteurs quittaient leur ferme sans jamais avoir transmis leurs connaissances ou partagé leur expérience.

Le mentorat représente donc un important secteur d'intérêt pour les programmes de liaison. Toutefois, les personnes qui souhaitent se diriger vers l'agriculture sont beaucoup plus nombreuses que celles qui quittent ce domaine. En fait, Mme Ruhf estime que la proportion est de 10 contre 1.

Mais la soif d'apprendre et de découvrir ce métier est bien réelle et c'est pourquoi les programmes de liaison tentent d'étendre la gamme de leurs services, notamment en matière de formation. C'est d'ailleurs le cas du programme de liaison de l'université Cornell.

(Visitez le site Web du réseau national de transition agricole, le National Farm Transition Network, à l'adresse suivante : www.extension.iastate.edu/nftn/homepage.html)

L'expérience de Cornell

Plusieurs programmes de liaison américains ressemblent à celui qui est mis en oeuvre à l'université Cornell, dans l'état de New York.

Cathy Sheils, directrice du New York Farmnet et gestionnaire du programme de liaison agricole de New York, a expliqué que le projet de Cornell avait été lancé en 1986 en tant que programme d'intervention immédiate pour venir financièrement en aide aux agriculteurs. Aujourd'hui, c'est un programme de référence et de consultation qui dirige les nouveaux producteur agricoles et ceux qui prennent leur retraite vers les ressources appropriées.

La plupart des appels faits à la ligne sans frais du programme concernent les problèmes financiers et le stress que vivent les producteur agricoles, mais ces derniers posent également des questions au sujet de la succession agricole.

Le programme regroupe 35 conseillers qui travaillent pour la plupart à la maison. La moitié d'entre eux sont des comptables à la retraite qui oeuvraient auparavant au sein d'établissements de crédit agricole, alors que les autres sont des conseillers familiaux.

Les clients qui ont recours au programme versent un honoraire fixe de 40 $ pour le service de consultation. Quant aux conseillers, ils ne reçoivent que 20 $ l'heure. Mme Sheils a indiqué que ce sont des gens dévoués qui « veulent vraiment faire ce genre de travail ». Le défi n'est pas tant de trouver des gens qui acceptent de gagner un revenu limité, mais plutôt de trouver des conseillers spécialisés dans le domaine agricole ou qui, du moins, en comprennent bien les facettes. « Par conséquent, nous formons beaucoup de professionnels », a-t-elle ajouté.

Le programme ne pourrait exister s'il était financé seulement à partir des honoraires versés par les clients. Le financement provient donc des secteurs public et privé; quant à l'université, elle prête ses installations et ses ressources. Le financement demeure quand même problématique et c'est pourquoi le programme a dû restreindre sa portée aux gens qui prennent l'agriculture au sérieux. Comme l'a expliqué Mme Sheils, « nous recevons des appels de gens qui s'intéressent un peu à l'agriculture, mais nous ne pouvons les aider. Avec un programme comme le nôtre, nous devons définir un public cible et réserver nos ressources limitées pour soutenir celui-ci. »

(Visitez le site Web du programme de Cornell à l'adresse suivante: www.nyfarmlink.org)